Auteur Sujet: Sombre  (Lu 72015 fois)

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Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #690 le: mars 26, 2020, 21:41:56 pm »
Les mécènes de Sombre ont reçu leur nouvelle contrepartie





Chaleureux remerciements à Glayroc, Alias, Roliste, Qui Revient de Loin, Steve J, Batro, Corrigans, Tholgren, furst77, Dorothée, Valentin T., pseudo, Vincent, Peggy, Vincent, Barth Barth, ToF, Eliador, Nefal, Sevoth, Evect, girdalas, Gulix, Sandra, Esteren, Orlov, Saint Epondyle, Passelune, Tolkraft, clementparis, Hunter_Chameleon, antoahn, eugenie, boucher allan, Grégory, Juan, Jérémy Jarrié, Jicey, Mister Zombie, Groumphillator HSF, Aellle, Léa, Loki et dbklor.


Bonne lecture et à bientôt.
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Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #691 le: mars 29, 2020, 21:09:43 pm »
Covid - épisode 0/12





En début de mois, j'ai posté un petit feuilleton sur les forums rôlistes et les réseaux sociaux. Une bafouille à suivre pour vous expliquer la situation de Sombre et vous annoncer la création d'une formule d'abonnement.

Ce que fut assez divertissant, pas vrai ? Du suspense, de la tension, de l'action, de la romance, des cascades à trampoline, des explosions à l'arrière-plan tandis que je m'éloignais nonchalamment.

Ouais mais ça, c'était avant.

Avant la l'urgence sanitaire.

Avant le confinement.

Avant l'Apocalypse.

Que diriez-vous d'une deuxième saison, mais en mode dark ? Drama plus plus plus. Allez, c'est décidé, nous voici repartis pour une douzaine épisodes supplémentaires, dans lesquels je vous raconterai comment le Covid a fracassé Sombre. Façon puzzle, pas moins.

La crise vue par le petit bout de ma lorgnette. Trafalgar dans mon fanzine. Du jeune et du fun, je vous le garantis.

Ça commence demain. Stay tuned.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #692 le: mars 30, 2020, 20:46:58 pm »
Covid - épisode 1/12





Cette seconde saison du feuilleton Sombre est une surprise, et pas le genre qui fait plaisir. Il va de soi que je n'avais pas du tout l'intention de consacrer une bafouille au coronavirus. Si tout s'était déroulé comme je l'avais prévu, je devrais en ce moment même vous faire de la retape pour les prochaines publications Sombre.

Ce texte aurait dû être un avis de parution. Au lieu de quoi, c'est un making-of. Et pas n'importe lequel. Le making-of d'une catastrophe industrielle. Un epic fail de proportions bibliques. Le shit happens puissance trouzemille. Parce que ouais, quitte à se vautrer, autant y aller franco. J'aime faire les choses bien.

Avant de vous narrer cette aventure par le menu, une note liminaire pour préciser l'évidence, à savoir que je réalise tout à fait bien que mes problèmes sont dérisoires. Je suis en bonne santé, mes proches également, et nous ne manquons de rien. C'est bien plus que ne peuvent en dire beaucoup d'autres auteurs et artistes indépendants, que la situation actuelle met dans une terrible panade.

Et je ne parle même pas des morts et des malades, qui luttent pour leur survie à l'hôpital ou en chient chez eux. Ni des soignants, qui eux aussi mangent, et vont continuer de manger sévère. Ni de tous ces gens contraints de sortir bosser chaque matin, la boule au ventre, pour que nous puissions nous confiner en toute sécurité et confort. Big up à tous.

J'ai des soucis, Sombre aussi, mais il y a bien pire ailleurs. Si j'égotripe, c'est parce que causer de mes ennuis me fait du bien. Ça soulaaage. Et puis, je pense que cette histoire mérite d'être contée. Honnêtement, ça vaut le coup. C'est une sacrée gamelle, tout de même. Va y avoir du sport, je vous le garantis.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #693 le: mars 31, 2020, 11:57:58 am »
Covid - épisode 2/12





Previously : le Covid nous met dans la panade, Sombre et moi, mais je relativise. D'autres en chient bien plus sévère.

*

Nous sommes en 2016, et comme je l'expliquais dans la première saison de mon feuilleton, tout baigne. Je l'ignore, mais je mange alors mon pain blanc.

Commercialement, ma meilleure année. Un faisceau de facteurs l'explique, certains structurels, d'autres conjoncturels. À cette époque, Sombre est déjà un vieux jeu (première partie publique en 2004, première version du kit de démo en 2008), mais la revue est encore assez jeune (nouméro ouno en 2011). Je suis dans la phase ascendante de ma courbe de Gauss.

L'année précédente, j'ai commencé à distribuer (par mes propres moyens) le zine en boutiques. J'ai débarqué sur le marché avec cinq références inédites en magasin, les numéros 1 à 5, ce qui a créé les conditions d'une bonne implantation initiale. Beaucoup de taf (Johan au téléphone pendant des semaines à faire le commercial), mais qui a payé. L'année suivante, 2016 donc, je sors deux numéros, Sombre 6 et HS1, ce qui consolide la croissance de mon activité.

C'était la deuxième année de suite que je le faisais. En 2014, je n'avais rien publié parce que j'étais très en retard sur la rédaction de Sombre 4. J'avais moins d'expérience qu'aujourd'hui et n'étais pas encore dans le tempo de la revue. Une année blanche donc, qui s'était traduite par un net recul des ventes.

Ben ouais, quand tu ne publies rien, les clients t'oublient. Ils n'achètent pas de nouveauté, vu qu'il n'y en a pas, mais arrêtent aussi d'acheter les anciens numéros. C'est la raison pour laquelle les éditeurs, lorsqu'ils veulent faire vivre une gamme, s'arrangent pour publier régulièrement des produits de rappel. Un écran, un dossier de PJ, des dés tarabiscotés, un slip avec le logo du jeu sur le cul, que sais-je. N'importe quoi, y compris de vrais suppléments utiles et intéressants, pour créer du buzz et maintenir le jeu dans l'esprit du public.

De cette façon, même si les anciens clients ne se ruent pas sur la nouveauté, il a une chance que d'autres s'intéressent à la gamme et achètent les précédents produits. Surtout le livre de base, sur lequel l'éditeur se fait la meilleure marge because gros bouquin cher imprimé pour pas si cher. Pour Sombre, cela ne marche pas aussi bien car mes livres de base valent exactement autant que mes suppléments, mais il y a quand même un petit effet d'achat rétrospectif à chaque nouvelle parution.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #694 le: avril 01, 2020, 12:14:28 pm »
Covid - épisode 3/12





Previously : 2014 fut en demi-teinte. Une année blanche, sans nouveau Sombre.

*

J'ai bien vu que lorsque je passais un an sans rien publier, je vendais beaucoup moins. Sombre 4 a fini par sortir, en 2015, suivi de Sombre 5, en 2015 également. Deux zines dans la même année, je commençais à prendre le pli. Et ai constaté que, niveau ventes, c'était le jour et la nuit. Tu ne publies rien, ça se casse la gueule. Tu publies deux fois, ça remonte. Et quand en plus, tu te mets à vendre aux boutiques, ça décolle.

En nombre d'unités vendues, hein. Le bénéfice ne fut pas aussi spectaculaire. D'une part, je suis passé de l'associatif franco d'impôts à la fiscalité pro (ce qui m'a contraint à relever mon prix de couverture de 7 à 10 €). D'autre part, la vente en boutiques n'est pas, c'est un euphémisme, une excellente affaire pour l'indépendant que je suis. Il y a une raison pour laquelle le marché rôliste est dominé par les « vrais » jeux de rôle, ces gros bouquins A4 de 400 pages : ils sont rentables en circuit long. Mon zine, non. Trop onéreux à produire (petits volumes, imprimeur local) et pas vendu assez cher.

Si je veux écouler mes produits, je dois m'aligner sur une grille tarifaire que les grosses structures tirent vers le bas en réalisant des économies d'échelle dont je suis incapable. En circuit court, vente directe sur stand ou par correspondance, je m'y retrouve. Dès que j'intercale un intermédiaire (une boutique), c'est cramé. Pire encore si je dois le livrer par la Poste, que je paie au prix fort parce que je n'ai qu'un très faible flux de marchandises.

La manœuvre demeure cependant utile, pour des questions d'image (un jeu vendu en boutique, ça fait sérieux) et surtout de coûts de production. Même si je ne gagne quasi rien sur la vente aux magasins de jeu, au moins je vends, ce qui me permet de maintenir mes volumes d'impression. Les tarifs de mon imprimeur sont dégressifs, donc moins j'imprime, plus ça me coûte cher, et plus ma marge fond. C'est la spirale infernale dans laquelle je suis pris depuis quelques années et, comme je vous l'ai expliqué dans la première saison de mon feuilleton, m'efforce de ralentir.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #695 le: avril 02, 2020, 12:10:16 pm »
Covid - épisode 4/12





Previously : 2014 fut en demi-teinte. Une année blanche, durant laquelle je n'ai rien publié. Mais je me suis rattrapé en 2015.

*

Publier deux numéros à l'automne 2016 fut un énorme boulot. Bien plus que pour ceux de 2015, que j'avais produits à quelques mois d'intervalle. Là, j'ai tout fait d'un coup. Même si je disposais à l'avance d'une bonne partie des textes de HS1 (des nouvelles horrifiques écrites au fil des années), enchaîner deux bouclages fut éreintant.

Surtout qu'ensuite, il a fallu que je me démène pour assurer la promotion et la vente de ces nouveautés, en convention aussi bien qu'en boutiques. À Noël 2016, j'étais à ce point rincé qu'il m'a fallu la majeure partie du mois de janvier pour m'en remettre. Sur les rotules, le petit père Johan. Vraiment, ce fut super rude. Profitable, mais rude. Mais profitable. Mais ruuude.

Du coup, début 2017, je cogite. Clairement, me tenir à deux numéros par an est une très bonne idée, mais les publier en même temps, pas trop. Si je veux pouvoir tenir la distance, je dois espacer les sorties. Une au printemps, l'autre en automne, comme en 2015. Adopter une périodicité semestrielle en alternant un numéro régulier et un hors-série. Je mets le plan en action et cela marche plutôt pas mal. Depuis, je tiens le choc des deux bouclages par an. Pourtant, les ventes diminuent.

Je repère la tendance et contre-attaque. Dès 2017, je fais le forcing sur les conventions pour booster les ventes directes. Je compense un peu l'effritement. En 2018, je maintiens l'effort : deux numéros annuels + la patate de convs et d'animations diverses. Rien à faire, les ventes dévissent. Putain de Gauss. Et là, je réalise que je ne vais pas pouvoir tenir la cadence encore longtemps. Trop de boulot, trop de fatigue, je sature.

Ce n'est pas ma première alerte de surmenage, donc je vois arriver le truc. Ayant pexé en la matière, je prends des mesures et, en 2019, décide de lâcher du lest. J'assure toujours les deux numéros annuels, mais lève le pied sur les conventions. Conséquence inévitable, les ventes continuent de s'effondrer. Max, dont je publie le livre de base en début d'année, amortit un peu la descente.

Le système est bien reçu par les fans de Sombre et la communauté rôliste en général. Les victimes badass correspondent mieux aux usages dominants du hobby que les victimes tout court. De surcroît, le scénario Cthulhu intéresse. Lovecraft vend du rêve aux geeks, c'est un fait. La fin de l'année est tout de même difficile. HS4 se vend plutôt bien pour un hors-série, mais l'effet Gauss me plombe Noël, période commerciale habituellement plus faste. L'érosion des ventes est globale, en circuit court (ventes directes) comme en long (ventes en boutiques).


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #696 le: avril 03, 2020, 10:49:00 am »
Covid - épisode 5/12





Previously : 2014 fut en demi-teinte, mais je me suis rattrapé en 2015. 2016 a été ma meilleure année. Par la suite, effritement des ventes.

*

Je n'ai évidemment pas attendu 2019 pour revoir ma stratégie. Depuis longtemps, je cogite à la manière d'accompagner le mouvement. Comme je l'ai expliqué dans la première saison de mon feuilleton, je ne pense pas pouvoir redresser la barre, mais voudrais faire durer la revue. J'élabore un plan. On est dans les premiers mois de 2019, il y a un peu plus d'un. Je veux une transition douce, et y suis de toute façon contraint.

À ce stade, la revue Sombre est devenue une sorte de gros paquebot éditorial. Si elle peut toujours prendre des virages, il faut désormais que le capitaine les anticipe pas mal. Tout un tas de paramètres entrent en ligne de compte, de l'équilibrage des sommaires à la fiscalité, en passant par l'organisation des playtests. Donc brainstorming plus plus plus pour essayer de mettre toutes les chances de mon côté. Y'a de l'enjeu. À moyen terme, je joue l'avenir de mon zine et de mon taf, soit une partie importante de ma vie. Il vaudrait mieux que je ne me vautre pas.

Le plan est en trois volets. D'abord, continuer à réduire les convs. Je n'ai plus l'âge de les enquiller comme un taré. Il y a la fatigue, que j'évoquais hier, mais aussi quelque chose de plus profond, de l'ordre de la midlife crisis. J'ai conscience d'être à la charnière. Je vieillis et, créativement parlant, en ressens les effets. Je perds en souplesse intellectuelle. Par contre, j'ai accumulé de l'expérience et du savoir-faire. Au global, je suis dans mes bonnes années d'auteur : encore suffisamment jeune pour avoir des idées pas trop moisies, et assez expérimenté pour être en mesure de les concrétiser au mieux.

Très conscient que cette fenêtre créative ne durera pas, je veux en profiter pour produire. J'ai des trucs à écrire, nom de Dieu ! Or les convs me ralentissent. Elles cassent mes élans. Je me mets dans un texte. Au début, c'est un peu galère, puis ça commence à venir, et pile quand je suis bien chaud, je dois débrayer pour un event. Un jour de prépa, un week-end de taf super intense, deux ou trois journées pour m'en remettre. Quand je reviens à mon texte, je ne suis plus dedans. Grosse frustration.

C'est saisonnier. Les convs cartonnent au printemps et en automne. En été et en hiver, j'ai plus de temps pour écrire. J'en voudrais d'avantage parce que j'ai envie de sortir plus de textes. Envie et besoin. C'est le second volet de mon plan. Je veux passer à plus de deux numéros par an. Tactique éditoriale classique : quand tu vends moins par titre, tu augmentes le nombre de titres en espérant continuer à vendre au total autant. La surproduction actuelle dans le secteur de l'édition, c'est rien que ça. La mode est à la pléthore.

Du coup, je voudrais m'y mettre aussi. Bête effet Panurge, hein. Hé mais c'est que moi aussi, je veux tuer des arbres ! Plaisanterie mise à part, j'ai pris goût aux hors-séries et voudrais en publier plus. Je peux y mettre plein de textes que je kiffe mais qui n'entreraient qu'au chausse-pied dans les numéros réguliers.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #697 le: avril 04, 2020, 12:00:23 pm »
Covid - épisode 6/12





Previously : pour ralentir l'effritement des ventes du fanzine, j'ai cogité à une stratégie. Un plan en trois volets, dont le premier consiste à réduire les conventions, et le second à publier plus de fanzines.

*

Sortir trois ou quatre numéros par an est un gros taf. Pour y réussir, il va falloir que je les groupe. Je ne peux pas en publier un par trimestre, ce ne serait pas gérable. Pas si je veux assurer un minimum de convs en parallèle. Or je le dois. Les convs, même si j'ai réduit, j'aime toujours. Et financièrement, je ne peux pas m'en passer. C'est de la vente directe. Celle qui, en l'absence d'intermédiaires, nous fait vivre, Sombre et moi. Par ailleurs, grouper la production des nouveautés me permettrait de maintenir mes volumes d'impression, ce qui est crucial. Le défaut est que pour y parvenir, je dois enchaîner les bouclages. Hardcore comme c'est, je décide d'y aller mollo.

Deux numéros sur 2019, pour lancer Max. Puis en 2020, montée en puissance : un numéro au printemps, deux en automne. C'est jouable, j'ai du matos d'avance. Depuis Sombre 4, j'ai commencé à bosser sur le temps long. Les trois premières années, je ne savais pas si la revue avait vraiment un avenir, donc je ne projetais rien. Puis la phase ascendante de ma courbe de Gauss m'a donné assez d'assurance pour planifier plusieurs numéros à l'avance. Et commencer à les écrire. Résultat, j'ai quelques textes sous le coude, de quoi amortir un peu l'effet double bouclage.

Simultanément, et c'est le troisième volet de mon plan machiâââvélique, je lance une formule d'abonnement. J'y pense depuis le début de la revue, mais ai toujours repoussé parce que je n'étais pas certain de pouvoir tenir la périodicité. Le souvenir de 2014, mon année blanche, me hante encore. Cela me paraît le minimum du respect envers des abonnés que d'assurer des sorties à peu près régulières. Je ne prévois pas de formule d'abonnement pour X années, plutôt pour Y numéros, mais quand même, il faut que les lecteurs puissent se dire qu'en s'abonnant, ils ont une chance raisonnable de recevoir les zines promis avant que leur petit dernier ne rentre à l'université. C'est une double question de confiance, d'eux en moi, et de moi en moi. Pour me lancer, je dois pouvoir me dire que je peux assurer. En toute franchise, je le pense. Sortir trois numéros sur 2020 me semble jouable. Je suis rodé maintenant. Y'a moyen.

Mon idée est d'articuler montée en puissance éditoriale et abonnement. Je sors plus de nouveautés, donc je crée plus de buzz, donc j'attire plus d'abonnés. Une spirale vertueuse pour contrer Gauss. Du moins, si j'arrive à accrocher assez de gens. Pour redresser les ventes, il faut que je parvienne à intéresser plus que les hardcore fans. Par définition, eux m'achètent déjà tous les numéros.

Or l'impact positif des abonnements ne se fera réellement sentir que si je parviens à y rallier les fans un poil moins hardcore. Ceux qui ne seraient pas contre m'acheter tous les numéros, mais auraient besoin que je leur simplifie la vie. Un paiement groupé, des frais de port allégés, toutes ces petites douceurs de la condition d'abonné. Si ça marche, j'étoffe le noyau dur du lectorat de la revue, et ainsi résiste mieux à l'érosion des ventes. Un plan sans accroc, à la Hannibal Smith.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #698 le: avril 05, 2020, 13:11:43 pm »
Covid - épisode 7/12





Previously : pour ralentir l'effritement des ventes du fanzine, j'ai cogité à une stratégie. C'était il y a un an, et depuis je travaille à la déployer.

*

Automne 2019, après la sortie de Sombre HS4, j'enchaîne sur les dernières conventions de l'année et la vente aux boutiques. Le tempo éditorial est bon car le hors-série est paru tôt, en septembre. Ayant bien turbiné durant l'été, je me retrouve pour une fois à faire un truc après l'autre, ce qui m'évite l'épuisement. J'apprécie.

Ce d'autant que niveau préparation de commandes, ce ne sont pas non plus les cadences infernales (effet Gauss et tout ça). Résultat, je trouve en parallèle le temps de me mettre tranquille à l'écriture. Serein, le gars Johan. Le nouveau numéro avance bien. Je suis dans les temps pour une parution en début d'année prochaine. Autour de février, mars au plus tard.

Mais.

Mais à mesure que je bosse sur ce numéro, je ressens de plus en plus l'envie d'en sortir un second, qui le compléterait. Je n'entre pas dans les détails de l'articulation de leurs sommaires car je vous en reparlerai bientôt. Sachez seulement qu'au départ, je repousse l'idée. J'ai un plan, nom de Dieu, et veux m'y tenir. Sauf qu'au fil de l'écriture, le diptyque s'impose avec tellement de force que courant janvier, je dois céder. Advienne que pourra, je décide de tenter le double bouclage. Je l'ai déjà fait en 2016, pas de raison que je ne puisse pas le refaire.

De toute façon, c'est déjà mon plan pour l'automne 2020. La différence est que ce double bouclage automnal, je l'ai prévu à l'avance et ai donc préparé le terrain. J'ai déjà pas mal de matos carré. J'ai même pris le temps de bosser dessus (écriture et playtest) à la fin de 2019, au détriment bien sûr de mon numéro du printemps 2020. Ce qui ne posait pas de problème à l'époque, vu que j'étais largement dans les temps. Ouais mais ça, c'était avant de me mettre un second numéro sur le dos. Là, ça vire supra tendu. Le premier bouclage, sans problème. Le second, chaud patate. Donc je réagis.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #699 le: avril 06, 2020, 14:21:04 pm »
Covid - épisode 8/12





Previously : pour ralentir l'effritement des ventes du fanzine, j'ai un plan. Début 2019, je décide de publier deux numéros printaniers au lieu d'un seul. Gros taf.

*

Pour pouvoir double boucler dans les temps, je commence par alléger mon calendrier de convs. J'annule une date en février, une autre en mars, et refuse une invitation pour début avril. Je ne garde que trois events, dont Orc'Idée à la mi-avril, qui devient ma date butoir. Aller en Suisse sans mes premières nouveautés de 2020 serait un crève-cœur. La deadline est tenable, faut quand même que j'y mette pas mal du mien. Donc je bosse de chez taf.

Mi-février, je m'autorise une pause playtest. Trois séances, une longue et deux courtes, qui, entre la prépa, les parties elles-mêmes et les comptes rendus, me bouffent une grosse semaine. Le risque est calculé. Rétrospectivement, je ne regrette pas de l'avoir pris. Primo, ce fut super cool. Gros fun de réunir des potes dans ma cuisine, ça m'a bien vidé la tête. Secundo, ces séances m'ont permis d'aboutir mon cycle de playtest pour le premier numéro de 2021, ceux des numéros de 2020 étant évidemment achevés depuis longtemps (je m'étais organisé courant 2019). Dans le contexte de confinement actuel, je me dis que j'ai vraiment bien fait car je ne sais pas du tout quand je serai en mesure d'organiser une nouvelle séance du Kitchen Club.

Reste que sur le moment, cela me coûte une semaine. Or dans le même temps, je dois accompagner la sortie d'un webzine Sombre lancé par deux fans. Comme c'est leur premier numéro, il y a évidemment quelques boulons d'orga à serrer. Voilà que je me retrouve à rédiger des mails longs comme le bras à des heures indues. Chronophage au possible. Je perds du temps putain.

Résultat, l'écriture du second numéro n'avance pas comme elle le devrait. Et ralentit encore lorsque je suis contraint de débrayer pour préparer la campagne de com' autour de ma formule d'abonnement. C'est un tel enjeu que pour mettre toutes les chances de mon côté, j'ai prévu un feuilleton en une quinzaine de jours. Sa rédaction m'a pris énormément de temps. Une bonne grosse tartine de texte, que je me suis efforcé de fignoler pour être le plus efficace possible.

La mise en ligne elle-même m'a beaucoup mobilisé, ce qui ne m'a pas surpris. À force, j'ai pris la mesure de la promo sur le Net. C'est un vrai travail. En l'occurrence, deux semaines à peaufiner mes épisodes à mesure de leur mise en ligne, et à répondre aux réactions des internautes, pour la quasi-totalité fort sympathiques. Community manager, quoi.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #700 le: avril 07, 2020, 12:19:37 pm »
Covid - épisode 9/12





Previously : début 2019, je décide de publier deux numéros printaniers au lieu d'un seul. Gros taf qui n'avance pas à la vitesse où je le voudrais.

*

Dès que j'ai le temps, je bosse sur les textes de mon deuxième zine. Comme attendu, je tire la langue. Deux bouclages de suite, c'est vraiment rude. J'avance dans la mélasse. Or les premières convs, celles que je n'ai pas annulées, arrivent à grands pas. Impossible de me désister, les dates sont désormais trop proches.

Et puis, je ne le peux pas. Je n'ai quasi rien vendu depuis Noël, il faut que je retourne en convention pour y fourguer du zine. Je dois faire rentrer des sous et écouler mon stock pour être en capacité de réimprimer certains anciens numéros en complément de mes nouveautés. Ces tirages en amalgame me permettent de maintenir plus ou moins mes volumes d'impression, alors même que, Gauss oblige, je tire toujours moins de chaque nouveau numéro.

Au final, je m'attends à devoir boucler pendant la saison haute des conventions, ce qui est le pire du pire. D'expérience, c'est super fatiguant. Impossible de se poser, faut enchaîner écriture, correction, impression, promotion et distribution, tout en consacrant certains week-ends aux events. Mon printemps s'annonce brutal, mais à ce stade, plus moyen de moyenner. Faudra faire avec.

Pendant ce temps-là, de l'autre côté du monde, le Covid met la Chine en vrac. Je n'y prête que peu d'attention, je l'avoue. J'ai du boulot par-dessus les yeux et, ne connaissant pas grand-chose à la médecine, gobe tout cru la com' lénifiante sur la « grippette ». Johan, ce Français moyen. En fait, j'ai commencé à comprendre que la pression montait en apprenant les annulations en cascade de nombreuses conventions. Je n'ai pas trop d'antennes dans le milieu médical, mais suis assez bien connecté à celui de l'événementiel.

Sauf que dans la première semaine de mars, j'étais encore loin d'imaginer qu'on en arriverait si vite au confinement. De toute façon, ma promo était lancée. Mon feuilleton Sombre déjà en route, je ne pouvais plus faire machine arrière. Vu que les conventions de mars et d'avril étaient toutes annulées, il devenait crucial de sauver les meubles en assurant la promotion de la formule d'abonnement, et en enchaînant vite avec la parution de mes nouveautés printanières. Si je ne pouvais pas vendre en direct sur les convs, au moins resterait-il la VPC, me disais-je, tout plein de candeur, sans bien réaliser que l'épidémie flambait déjà en Italie.


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #701 le: avril 08, 2020, 11:06:29 am »
Covid - épisode 10/12





Previously : depuis un an, j'ai mis en place une stratégie complexe pour faire rebondir Sombre, mais la pandémie enfle.

*

Devinez quoi ? Je me suis retrouvé à ouvrir les abonnements la veille, je dis bien la veille, de l'annonce du confinement. Ce timing de fou malade. Un plan de plus d'un an qui aboutit pile-poil le jour de l'Apocalypse sanitaire. La vâââche !

Faut imaginer Johan qui monte en puissance depuis des mois. Il prend un gros élan, se met à courir, gagne en vitesse, intensifie son effort, s'apprête à sauter... et se rend compte à la toute dernière microseconde qu'il fonce droit dans un mur en béton armé.

Oh putain de chié de ta race en slip, comment que je me suis pris la réalité du Covid dans les gencives ! Ouyouyouille. À ce niveau de fail, y'a plus de qualificatif qui vaille. « Epic » est tout à fait insuffisant. Même « super epic » ou « mega epic » me semblent carrément faiblards. Y'a du très très gros level, là. Coronavirus, même en rêve, tu peux pas test.

Le bilan est sans appel : le Covid me napalme mon premier semestre. Terre brûlée d'un horizon à l'autre. Vitrification plus plus plus. Sans pitié, le microbe. Normal, hien, y'a rien d'autre à attendre d'un virus. C'pas trop le genre de bestiole que tu peux prendre par les sentiments. Je ne suis pas plus optimiste pour le second semestre. La récession à venir s'annonce sévère. Et on ne va pas se mytho, le jeu de rôle est assez haut dans la pyramide de Maslow.

En temps de crise, les gens commencent par rogner sur leur budget loisirs, c'est normal. De surcroît, l'appétence de l'horreur dans ces moments est assez faible. Quand la télé annonce des morts tous les soirs, t'as plus envie d'un feel good game que de la peur comme au cinéma. Ça aussi, c'est dans l'ordre des choses. Les body counts sont rigolos à la fin de mes comptes rendus de conv, nettement moins dans la vraie vie.

Enfin, je ne vois pas que les conventions reprennent de sitôt. Après le confinement, les rassemblements vont rester interdits durant pas mal de temps. J'ai déjà vu passer moult annulations pour des events qui auraient dû se dérouler en juin ou en juillet. Seules les dates de fin d'année sont encore maintenues, mais même pour l'automne, je ne suis guère optimiste. Or sans convs, vachement moins de ventes directes.

Faut être lucide, ça ne s'annonce pas rose. Mais bon, je ne suis pas non plus du genre à pleurer avant d'être battu. Je verrai bien ce qu'il en est exactement lorsque j'y serai. Et puis, il n'y a pas que des inconvénients. Ne dit-on pas qu'à quelque chose, malheur est bon ?


La suite demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #702 le: avril 09, 2020, 15:51:33 pm »
Covid - épisode 11/12





Previously : mon plan pour faire rebondir Sombre est atomisé par le Covid, mais la situation n'a pas que des inconvénients.

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Pour pénible soit-elle, l'annulation des conventions du printemps me sauve du craquage. Cela s'annonçait tellement tendu que je suis soulagé d'y avoir échappé. C'en était rendu au point que je me demandais très sérieusement si je devais continuer de m'accrocher à ce deuxième numéro printanier. J'hésitais de plus en plus, le confinement a décidé pour moi. Ce break imposé me fait du bien. Plus de stress sur la deadline, donc j'y vais cool. Même si le coronavirus plombe bien l'ambiance, c'est agréable de souffler. Cela faisait quatre gros mois que je trimais comme un forçat. Franchement, j'apprécie de pouvoir me poser un peu.

L'annulation des conventions du printemps m'a probablement évité de contracter le Covid, surtout que j'avais une animation de prévue à Strasbourg, en plein cœur du Mordor français. Depuis quinze ans que je tourne en convention, j'y ai ramassé des crèves diverses et variées. Je l'ai souvent raconté dans mes comptes rendus. Des week-ends entiers à assurer des démos pour des dizaines de joueurs. Forcément, tu choppes tout ce qui traîne. Autour des tables de jeu, on passe notre temps à se postillonner dessus. Probable que si j'avais fait les convs prévues, j'en serais revenu positif. Vu mon état de fatigue avancée, et mon âge qui ne l'est pas moins, cela aurait pu se barrer en quenouille.

Le confinement en lui-même ne m'est pas aussi pénible qu'il peut l'être à d'autres. Mon domicile est confortable, et cela fait vingt ans que j'y travaille. Je ne sors plus acheter de pain ni poster de commandes, mais pour le reste, c'est business as usual. Et même, mieux que d'habitude. Le quartier est super calme, un mois d'août sans la canicule. Très confortable pour écrire.

La première saison du feuilleton Sombre a fait long feu, mais au moins, ce qui est fait n'est plus à faire. L'offre d'abonnement est en ligne, et le restera. Si toute ma super com' a fini comme le Titanic au fond de l'Atlantique Nord, elle n'est pas tout à fait perdue. Lorsque le confinement sera levé et que je publierai mes numéros de printemps (qui seront donc plutôt des numéros d'été, voire d'automne, je ne sais), je ne manquerai pas de rappeler à tout l'Internet rôliste qu'on peut désormais s'abonner à Sombre.

D'ailleurs, certains die hard fans ont déjà franchi le pas. À l'heure où je poste ce message, Sombre a douze abonnés. Mazette. Je profite de ce billet pour les remercier. Les gens, votre soutien me fait super plaisir, votre solidarité me touche, votre générosité vous honore. Et tant que je suis dans les mercis, spéciale dédicace aux tipeurs de Sombre. C'est grâce à eux que ce second feuilleton a pu voir le jour :

Glayroc, Alias, Roliste, Qui Revient de Loin, Steve J, Batro, Corrigans, Tholgren, furst77, Dorothée, Valentin T., pseudo, Vincent, Peggy, Vincent, Barth Barth, ToF, Eliador, Nefal, Sevoth, Evect, girdalas, Gulix, Sandra, Esteren, Orlov, Saint Epondyle, Passelune, Tolkraft, clementparis, Hunter_Chameleon, antoahn, eugenie, boucher allan, Grégory, Juan, Jérémy Jarrié, Jicey, Mister Zombie, Groumphillator HSF, Aellle, Léa, Loki et dbklor.


Suite et fin demain.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #703 le: avril 10, 2020, 15:01:15 pm »
Covid - épisode 12/12





Previously : le Covid défonce mon plan de sauvetage de Sombre. Fracassé comme jamais, le petit père Johan.

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Si vous avez suivi la seconde saison de mon feuilleton Sombre, vous savez désormais tout sur ce qui restera l'un des revers les plus cinglants de ma carrière. Qui pourtant en a déjà connu un certain nombre, et des balèzes. Là quand même, c'est le pompon. Serait-ce le signe que je dois tout laisser tomber ?

Putain que non.

Je. Ne. Lâche. Rien.

J'ai l'œil du tigre, nom de Dieu.

L'avenir est plus incertain que jamais, mais je ne me laisse pas abattre. Je continue de travailler et me mobilise pour avancer. Si j'ai appris quelque chose depuis plus de vingt ans que je fais ce métier, c'est qu'il y a une prime à l'entêtement. Ce n'est pas le plus rapide qui gagne, mais le plus obstiné, le plus régulier, le plus endurant. Sombre n'a jamais été un sprint, c'est un marathon. Lièvre contre tortue, parie sur la tortue, surtout si elle est ninja. Hé, je m'habille en noir.

Ce qui ne nous tue pas nous rapporte des pEx, disait Conan. Ou était-ce Nietzsche ? Je les confonds toujours. La barbaritude, m'voyez. On verra s'il se cache quelque vérité sous leurs peaux de bête et leurs moustaches king size.

À tout bientôt.

Portez-vous bien.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #704 le: avril 14, 2020, 13:13:02 pm »
Pendant le confinement, business as usual. Ou presque.


+ D'ici une dizaine de jours, je livrerai comme à mon habitude une contrepartie mensuelle à mes tipeurs.

+ Les abonnements restent ouverts. Des bisous (de loin) à ceux qui ont déjà pris le leur. Votre soutien me fait chaud au cœur.

+ Je continue de prendre les commandes d'anciens numéros. Je les prépare et les enverrai aussitôt que ce sera possible. En attendant que le service postal soit rétabli dans ma commune, je les garde chez moi, et vous invite à faire grossir ma chtite pile.




Prenez soin de vous.