Auteur Sujet: Sombre  (Lu 67921 fois)

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Hors ligne Cedriccc

Re : Sombre
« Réponse #90 le: avril 11, 2012, 20:01:10 pm »
Franchement j'ai testé ton jeu dimanche soir avec Krom en MJ (et encore il était crevé le pauvre) et j'ai beaucoup aimé ^^

Un grand bravo à toi ! J'espère pouvoir tester une partie avec toi une prochaine fois :)

Hors ligne Johan Scipion

Re : Re : Sombre
« Réponse #91 le: avril 11, 2012, 21:30:27 pm »
Yo Cédric.


Krom en MJ (et encore il était crevé le pauvre)


Ouais, ce garçon est trop un fou. Quand les autres jouent, il joue. Quand les autres mangent, il joue encore. Quand les autres dorment, il joue toujours. C'est rolistator, le terminator du jdr !  :face:



Citer
et j'ai beaucoup aimé ^^

Ah cool !



Citer
Un grand bravo à toi !

Merci tout plein, ça fait bien plaisir à lire.



Citer
J'espère pouvoir tester une partie avec toi une prochaine fois :)

Je t'accueillerai avec grand plaisir à ma table. Si tu habites en région parisienne, ça devrait pouvoir se faire dans un futur pas trop lointain, je pense.
+ Découvrir Sombre
+ Soutenir le jeu sur Tipeee
+ Consulter mon planning de démos
+ Commander des numéros de la revue

Hors ligne Cedriccc

Re : Sombre
« Réponse #92 le: avril 11, 2012, 22:48:48 pm »
Oui j'habite sur Paris et ce sera avec grand plaisir également que je viendrais à une de tes tables. Et je suis certain que dans mon entourage je trouverais du monde si besoin :)

Au plaisir !

Hors ligne Johan Scipion

Re : Re : Sombre
« Réponse #93 le: avril 11, 2012, 23:57:22 pm »
Oui j'habite sur Paris et ce sera avec grand plaisir également que je viendrais à une de tes tables. Et je suis certain que dans mon entourage je trouverais du monde si besoin :)

Impec ça.

Si tu peux rassembler assez de gens pour monter une table, je suis tout disposé à mener spécialement pour toi et tes amis. A l'horizon mai/juin sans doute.

Je précise qu'il s'agit d'une proposition sérieuse. C'est pas juste pour être poli, hein, je suis vraiment prêt à le faire.



Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #94 le: avril 18, 2012, 18:04:29 pm »
Help : besoin de feedback sur les Traits de Sombre !



Comme vous le savez si vous suivez un peu mes comptes rendus, j'ai pas mal bossé ces derniers mois sur la liste des Traits. Pour tout dire, il s'agit de mon axe de développement technique principal depuis la sortie de Sombre 1.

De Sombre light 5 (actuellement dispo et qui motorise Sombre 1) à Sombre light 6 (que je mène à ma table), les nuances techniques sont de l'ordre de l'infinitésimal (quelques procédures secondaires légèrement modifiées).

Les ajustements de la liste de Traits par contre sont très sensibles. J'ai ajouté, supprimé et/ou changé pas mal de trucs. Je m'appuie sur mon expérience des quickshots car ce format présente l'énorme intérêt d'impliquer à chaque partie un setting différent et une créa collective. C'est idéal pour tester plein de Traits.

Mais pour savoir ce qu'il convient exactement de changer, je voudrais savoir comment *vous* utilisez la liste de Traits de Sombre 1 à votre table. J'ai besoin de concret.

Tous les retours m'intéressent à fond. N'hésitez pas à pinailler, c'est *exactement* ce que j'attends de vous. Le calage des Traits impose une bonne dose de finesse technique. Leurs descriptions sont (volontairement) très courtes, ce qui donne à leur wording une importance capitale. Exactement comme sur les cartes d'un CCG, chaque mot compte.

Pour d'évidentes questions de praticité, je centralise les retours sur les Traits dans un seul et même sujet, sur les forums de Terres Etranges : http://terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=6871#p6871

N'hésitez pas à contribuer, cela me serait vraiment *super* utile.



(Et ne vous inquiétez pas si vous n'arrivez pas à accéder tout de suite à notre forum, notre site est régulièrement down en ce moment. Ce n'est pas de notre fait, c'est notre hébergeur qui est tout moisi. Nous allons bientôt en changer).

Hors ligne Cedriccc

Re : Sombre
« Réponse #95 le: avril 18, 2012, 21:42:58 pm »
Dès que je ferais ma partie avec toi, je te ferais avec plaisir un feedback :)

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #96 le: avril 19, 2012, 01:54:18 am »
Cool.

Plus qu'à trouver un créneau pour la faire, cette partie.  :thumleft:

Hors ligne Cialf

Re : Sombre
« Réponse #97 le: avril 21, 2012, 15:58:25 pm »
A Fontenay, j'ai pu enfin tester mon scénario Sombre avec des soldats yankees perdus dans la jungle en Amérique Centrale. Un des joueurs était un pré-ado qui jouait "Indocile", n'arrêtait pas de désobéir aux ordres et voulait absolument devenir ami avec les Indiens. En plus, il avait une chance pas possible aux dés, impossible de le buter. L'ambiance n'était pas tout à fait celle prévue, mais nous nous sommes énormément amusés. J'essaierai de le rejouer dans un registre plus horreur.

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #98 le: avril 21, 2012, 16:43:27 pm »
:thumleft:

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #99 le: mai 04, 2012, 15:43:31 pm »
Sur Terres Etranges, des comptes rendus de parties de Sombre comme s'il en pleuvait.



GNAP ! (Sombre chez les Schtroumpfs)  par Gauvain :

Schtroumpf rêveur pousse un gémissement de souffrance et tombe derrière la table. Devenu noir en quelques secondes il hurle « GNAP ! » et se jette sur le Schtroumpf à lunettes qui s’était précipité pour le relever. Schtroumpf costaud s’empare d’un tabouret et attaque le Schtroumpf noir tandis que le Grand Schtroumpf et la Schtroumpfette lui lancent fioles et éprouvettes. Schtroumpf rêveur git maintenant sur le sol. Tout danger immédiat est écarté mais Schtroumpf à lunettes et Schtroumpf costaud ont été mordus !

http://www.terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=7149#p7149



Le train des glaces (initiation à la ludothèque de Suresnes) par El Medico :

Le premier groupe avance vers la locomotive, passant devant des wagons vides et éteints. Vers l'avant du train, ils découvrent dans la neige le cadavre du mécanicien atrocement mutilé et prenant déjà une teinte bleuâtre. Pendant ce temps, dans le wagon, le deuxième groupe s'attache à finir de détruire le mobilier. Tout à coup, une main traverse la vitre et attrape l'un des étudiants, le contact des doigts glacés cherchant à l'étrangler.

http://www.terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=7092#p7092



Rob Zombie (quickshot) par Netzach :

Kurt ramasse le flingue et le refile à Kurt, qui de son côté est parvenu à rallumer la station. Il cherche Rob avec les différentes caméras de sécurité encore en état de marche et finit par le repérer dans les appartement de la section civile, recroquevillé dans un coin en train de se balancer d'avant en arrière. Au passage, Kurt essaye de savoir s'il existe un moyen de quitter la station sans avoir besoin de réparer la navette. Il reste deux nacelles de secours dans la section scientifique de la station, mais ma décision est prise : Rob est possédé et ça va pas tarder à charcler !

http://www.terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=7009#p7009



Un beau jour pour mourir (quickshot) par Antoine Ruins :

Marcus négocie avec Alexandre pour marier sa fille. Julia, qui surprend la conversation, s'énerve et insulte son père. Elle s'effondre en larme dans sa chambre et fait un mauvais rêve : Hassan couvert de sang, les yeux injectés. Réveil en sursaut. Un peu avant le repas, tout les esclaves sont retrouvé morts, la tête dans leurs plats. Un survivant goûte la nourriture, il ne lui arrive rien. Ce n'est donc pas la nourriture, c'est l'eau.

http://www.terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=7093#p7093



Notre Tombeau (hack) par Dkarl :

Dans un dernier élan de rage, Fred arrache le piquet de métal puis le lance de toutes ses forces sur le tueur. Le morceau de métal vole dans les airs et percute violemment le crâne de Scalpel, qui lâche prise. Le tueur psychopathe sombre dans les eaux froides et est emporté comme une brindille par le courant de la rivière…

http://www.terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=6872#p6872



Le drame du lac (Cthulhu DDR, démo Dés-Dalles 2012) par Polo :

Août 1963. Les personnages sont en vacances sur une île du lac Müritz, propriété de la Confédération syndicale. L'essentiel de l'île est recouvert de forêt. Tandis que les adultes se dorent la pilule dans la partie Est, les mômes séjournent à l'Ouest dans un camp de jeunes pionniers.

http://terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=6953#p6953



Mercenaires ! (Millevaux, démo Eclipse 2012) par Thomas Munier :

Darfour, petit village agricole au sud de Métro est sous la menace d'une troupe d'écorcheurs mené par l'Artificier, un pillard de sombre réputation. Les villageois engagent sept mercenaires pour les défendre dans la perspective d'un siège qui sera sans pitié.

http://www.terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=7087#p7087



House of the rising dead (démo Orc'Idée 2012) par Gap :

Devenu fou, Walt comprend qu'il a été trahi et se lance, M16 à la main, à la poursuite de ses anciens compagnons. La horde de zombies est déjà sur lui mais il n'en a cure, seule la vengeance compte. Tandis qu'ils courent vers la grange, il leur tire à trois reprises dessus.

http://terresetranges.net/forums/viewtopic.php?pid=6815#p6815

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #100 le: mai 15, 2012, 16:44:25 pm »
Not another campus movie – aux ELFIC – mai 2012



Au départ, ça ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Parce qu'un créneau de nuit qui ne commence qu'après le repas du soir et le concert, c'est quand même hyper tard. En plus, j'avais eu une après-midi chargée, avec deux White trash enchaînés coup sur coup. Par-dessus tout ça, des micro-cafouillages d'orga me font errer d'une salle à l'autre. Au bout du compte, je me retrouve à mettre la séance en route à près de minuit.

On est installés dans la bibliothèque, au milieu des bédés et des mangas. La pièce est cool, isolée et tout, mais super chaude. Du coup, je ne regrette pas de ne pas avoir amené mes photophores. J'avais hésité à le faire mais y avait renoncé pour ne pas me charger comme un mulet. Bien m'en a pris car la chaleur des bougies aurait été proprement insupportable. On jouera donc à la lumière des néons et dans une ambiance doucement tropicale. J'ai l'air de faire une montagne d'une souris mais c'est que sur le moment, je craignais que, fatigue et chaleur aidant, mes joueurs et moi-même ne finissions par nous endormir. Pour ma part, je me dope au glucose : thé oversucré + soda. Burp.

Les joueurs, une femme et trois hommes, sont jeunes, fun et sympas. Ils se connaissent tous très bien et ont l'habitude de jouer ensemble. Du coup, j'ai encore rien fait que déjà, y'a une bonne ambiance. Limite trop bonne même parce que les vannes geek fusent de toutes parts. Moi, imperturbable, j'avance dans la présentation des règles. Il faut dire que je suis bien rôdé, c'est mon troisième briefing technique de la journée.



Le brainstorming

À minuit et quart, on attaque le brainstorming. Et là, c'est le festival geek. Ça pleut littéralement de la vanne. Moi, je fais mon possible pour passer entre les gouttes. Entre deux saillies drolatiques, j'explique ce que j'attends du brainstorming : le setting (avé le plan qui va bien s'il vous plize), le groupe de PJ, les antagos. Bizness as usual.

Sauf que du côté des joueurs, ça patauge dans la semoule. Pas qu'ils soient réfractaires au format, ils ont au contraire l'air raisonnablement emballés, mais y'a trop rien d'exploitable qui ressort de leurs discussions. Trop de déconnade tue la déconnade, ou plutôt tue le brainstorming.

Je cogite. Est-ce que je monte au créneau et tape du poing sur la table pour imposer mon autorité ou est-ce que je laisse pisser ? Vu comme ça évolue, je décide de laisser pisser. Le coup de l'autorité, ce sera pour le briefing d'avant le jeu. Parce que là, clairement, ils ont besoin de vider un peu leur sac de blagues entre eux.

Je passe donc en mode spectateur (po-po-po-poker face) mais prends la décision ferme de boucler la séance entre 3h30 et 4h du matin. Dans mon état, je sais que passé cette heure, je ne ferai plus que de la merde. Du coup, tout le temps qu'on est en train de perdre en brainstorming sera en fait prélevé sur la partie elle-même.

Niveau relance, je gère à l'économie : dès que je vois une ouverture, je pose une question, mais n'essaie pas de prendre le brainstorming à mon compte. Juste, je pousse un petit peu les trucs qui, doucement, péniblement, se mettent en place. Et justement, que produit-on ?

L'idée de base du décor, c'est une convention rôliste. Pas particulièrement cinématographique ni horrifique, mais why not ? J'insiste néanmoins pour que les joueurs ferment plus le setting parce qu'une conv, c'est trop ouvert par rapport à la durée prévisionnelle de la partie. Un huis clos avec un peu moins de gens serait idéal. Une chose entraînant une autre, on en arrive à une université, ce qui me convient mieux.

On me dessine un plan très sympa. Un couloir serpente entre différentes salles : la loge du gardien, une cafète, un petit amphi, des toilettes, une salle de travaux dirigés et une de projo. Comme je ne vois pas de fenêtres, j'en déduis qu'il s'agit d'un sous-sol, ce que me confirment les joueurs. À chaque bout du couloir, un escalier monte vers le rez-de-chaussée. Il y a en fait trois accès : une porte coupe-feu à double battants devant chaque escalier et une porte ordinaire en bas de l'amphi, à côté de l'estrade du prof. Les portes coupe-feu sont verrouillées, me dit-on.

Les personnages sont des étudiants, tous membres d'un cinéclub. Le cast est digne d'un teen movie et c'est une décision parfaitement consciente des joueurs :

+ Unt (la joueuse) joue Louis. Mélancolique, Chanceux et Inoffensif, c'est un emo pur jus, limite goth. Total black look et mèche qui va bien. Évidemment, il est gay.

+ Erwan joue Marc, l'amant de Louis. Plus âgé, plus dégourdi, plus beau et plus instable aussi. Marc, c'est la bogossitude en action. Il est Irrésistible mais aussi, malheureusement, Bipolaire. Ce nouveau Désavantage le contraint à passer d'une Personnalité à l'autre, en l'occurrence de Charmeur à Irritable.

+ Mathieu (avec un T) joue Fanny, jeune femme affectueuse, Irrésistible elle aussi, mais qui souffre. Elle est amoureuse de Marc, qui n'en a bien sûr rien à foutre. Limite s'il ne s'amuse pas à la chauffer, juste pour le plaisir de la voir baver.

+ Matthieu (avec deux T) joue Vanessa, la sœur jumelle de Louis. Elle est excentrique et surtout Phobique. Mais de quoi ? Je cherche une peur que je puisse exploiter dans le cours du scénario. Vu que le setting est en sous-sol, je propose l'obscurité. Matthieu opine. Le problème de Vanessa, c'est qu'elle est raide dingue de Fanny mais que cette dernière fait mine de ne pas s'en apercevoir. Ach l'amour, gross malheur...

Quant aux antagonistes, il s'agira de rôlistes (oui vous lisez bien, des rôlistes) possédés par des démons. Au départ, ça ne devait être que des rôlistes, juste très énervés, mais j'ai fait savoir que transformer un troupeau de geeks en antagos horrifiques, c'était trop pas possible. La possession démoniaque, déjà, c'est mieux. Ce d'autant que les joueurs sont plutôt très favorables à l'idée de mettre du fantastique dans le setting. Dans un précédent quickshot, on m'avait donné des raptors et j'avais déjà trouvé que ces bestiaux n'étaient pas faciles à crédibiliser en tant qu'antagos, mais des rôlistes, même possédés, ça enfonce carrément tout. Pitin, y'a du challenge !

En tout, on a brainstormé 75 minutes. À quatre joueurs, ce n'est pas énorme. Mais avec un groupe qui se connaît bien, un setting simple comme celui-là et des protagos super archétypaux, y'avait moyen de boucler le truc en moins de trois quarts d'heure. M'enfin bon, c'est pas la course non plus...

Avant qu'on ne se mette à jouer, briefing. C'est là que je passe en configuration meujeu de la mort. Primo, j'affirme clairement mon autorité sur la table. Le boss, c'est moi et personne d'autre. Secundo, j'explique qu'il va falloir assumer le produit du brainstorming. Parce que c'est bien beau de me pondre des personnages sur le mode ironique, voire franchement parodique, et de compléter avec des antagos du même tonneau, mais on n'est pas partis pour un Brain Soda. Hé les gars, c'est à Sombre qu'on joue !

Ces persos, PJ comme PNJ, je ne vais les prendre comme je le fais d'habitude, au premier degré. Quand je mène, je suis toujours d'une totale sincérité. On ne peut espérer faire peur que si on l'est. Peut-être bien que Louis tombe tout droit d'un bouquin d'Anne Rice, mais quand on sera en jeu, ce ne sera plus mon problème. Moi, je vais m'intéresser à ce PJ pour ce qu'il est dans le cadre de ma partie : un étudiant mélancolique et fragile. Rien à battre de la parodie du vampire néo-romantique.

Tout ça pour dire que le mélo, j'attends des joueurs qu'ils s'emploient à le jouer avec toute la sincérité dont ils sont capables. Et ça ne s'annonce pas si facile que ça, ne serait-ce que parce que la dynamique du groupe repose entièrement sur la séduction et que, pour corser l'affaire, trois des joueurs ont créé des personnages du sexe opposé. Très atypique mais assez logique.

D'une, c'est un mécanisme de défense anti-mélo standard. Parce que le mélo dark, ça peut grave arracher la gueule. La séduction, le chagrin, les peines de cœur, c'est un truc de la vraie vie qui fait facilement écho chez les joueurs (et le meneur, of course). Bien plus que les rednecks, les zombies et les monstres à tentacules. Le mélo, c'est personnel. Du coup, créer des persos du sexe opposé est un bon moyen de prendre de la distance avec eux. De les regarder se dépatouiller avec leurs émotions et leurs sentiments tout en restant un peu en retrait. C'est confortable. Mon objectif bien sûr va être de casser cette distance. Je mène horreur donc je veux toucher les joueurs à travers leurs persos.

De deux, y'a une sorte de logique festival de la blague : brainstorming gros délire > setting gros délire > protagos gros délire > antagos gros délire > partie gros délire. Sauf que non, moi je suis là pour déployer un survival tendu du slip sur une base de mélo dark.

Va y avoir du sport.



La partie

À 1h50, on s'y met. Il est tard dans la soirée, la projection du cinéclub vient de se terminer. Les cinéphiles, les PJ donc, se retrouvent dans la cafétéria pour causer du film qu'ils viennent de voir. À cette heure tardive, le bar est fermé mais les distributeurs de boissons et de nourriture fonctionnent encore. Dans la salle de TD, le club de jeu de rôle est en pleine action.

Je demande aux joueurs quel est le film qu'ils viennent de voir. Unt me répond Bloody Mary, version 1962. On brode un peu sur le sujet et tandis que chaque PJ donne son avis sur le film, je cogite. Je comprends bien que Bloody Mary est une proposition fictionnelle. Je connais la légende urbaine, je sais qu'il s'agit d'un bon matériau horrifique (j'ai vu Candyman) mais je ne vois pas comment je vais pouvoir connecter cette histoire de fantôme homicide avec les démons qui sont censés posséder les rôlistes. C'est un peu le grand écart. Et puis, je n'ai pas le temps (il est tard) ni les ressources intellectuelles (je suis fatigué) de me lancer dans des thématiques croisées. Trop complexe.

Donc exit Bloody Mary. Le mélo par contre est toujours d'actualité. Sauf qu'on n'a pas non plus trop le temps et qu'aussi, les persos ne sont pas tout à fait optimisés pour. Ils ont le profil, ça pas de problème, mais il leur manque des objectifs individuels qui donneraient aux joueurs une direction de roleplay et leur permettraient de prendre la narration en charge durant l'exposition. En clair, y'a pas trop d'enjeux. Dans le tas, y'a que Vanessa qui sait ce qu'elle doit faire durant la partie : essayer de brancher Fanny. Normalement, j'aurais dû demander à chaque joueur de me préciser le but de son personnage. Mais vu comment s'est déroulé le brainstorming, j'y ai renoncé.

Maintenant que la table est (nettement) moins dissipée, je compense par une série de questions aux joueurs, par le biais desquelles je creuse un peu les relations entres leurs personnages. Ce n'est pas du jeu stricto sensu (en fait, c'est du pur métajeu) et je sais que tout ça a peu de chances d'être exploité durant la partie, mais c'est une bonne manière d'immerger les joueurs dans leurs persos et de les inciter à les prendre avec un minimum de sérieux. C'est aussi plus rapide qu'une exposition standard et ça nous dispense de nombreux apartés, qui ont tendance à être fréquents en mélo. Ah bin oui, dès lors qu'il s'agit de se susurrer des mots doux à l'oreille ou de se sauter dessus comme des bêêêtes, on se met à apprécier l'intimité.

Arrive Gérard, le gardien de nuit, qui vient se payer un petit café au distributeur. C'est un Antillais entre deux âges, plutôt très sympa. Je sais déjà qu'il va mourir dans d'atroces souffrances donc j'essaie de le présenter sous son meilleur jour pour accroire l'impact de son décès. Au passage, il lâche une info utile : les rôlistes sont partis pour jouer toute la nuit, au moins jusqu'à six heures du mat. Les personnages ne les connaissent pas trop, ces rôlistes. De vue mais sans plus : ce sont des geeks pas très sociables, un peu renfermés sur leur hobby. Alors que les PJ, eux, sont des étudiants normaux à l'échelle des campus movies. Avec une vraie vie sentimentale et sexuelle, quoi. Deux mondes qui se côtoient et s'ignorent.

Bon, j'ai quand même une idée hyper arrêtée sur les rôlistes en question. Depuis le brainstorming, je sais qui ils sont : mes joueurs. Les gens qui vont s'employer à démonter la tronche de leurs personnages, ce sont eux : les deux Mat(t)hieu, Erwan et Unt. À un moment du brainstorming, lorsque Matthieu et Unt discutaient du concept d'antagos rôlistes, cette dernière a déclaré qu'elle kiffait la mise en abyme. Sur le moment, je me suis dit que ça me convenait bien aussi et que j'allais pousser le truc aussi loin que je le pouvais.

C'est Unt qui a mené le brainstorming : la conv rôliste, le cast teen movie, les antagos, ce sont ses idées à elle, que les autres joueurs ont ensuite reprises à leur compte. Du coup, j'ai décidé que ce serait elle mon antago principal. La meneuse (aux deux sens du terme) des rôlistes, c'est elle. Un autre élément m'y a poussé : partout sur le corps (les bras, le cou, les jambes, les doigts), elle s'est (ou on lui a) dessiné des petits symboles au marqueur noir. Des signes des Anciens façon Chaosium, des 42, du code binaire, rien que des trucs de geek pour être bien dans le ton des ELFIC. Et ça, ça m'a fait tilt.

Gérard quitte la cafète pour terminer sa ronde et les persos continuent à discuter un peu, quand soudain, la lumière s'éteint. Obscurité complète. Aussitôt, Vanessa panique (Séquelle of course) et s'accroche à Fanny. Matthieu est bien au taquet et j'aime ça. Je le sens impliqué et décide que je vais m'appuyer autant que possible sur son personnage pour faire monter la tension horrifique. Me manque juste un bon angle d'attaque, un truc autour de sa phobie peut-être ? Je ne sais pas encore quoi, mais il faut que je lui fasse tomber quelque chose sur la gueule. Du lourd de préférence.

Comme les joueurs ne percutent pas de suite et que je n'ai pas envie que leurs persos tâtonnent trop longtemps dans les ténèbres, je leur fais remarquer que puisqu'on joue en contemporain, ils ont forcément leurs portables sur eux. Évidemment, ils ne captent rien (on est en sous-sol) mais c'est une bonne source de lumière. Les voilà donc qui partent en exploration. Les nouvelles ne sont pas bonnes. D'une, l'obscurité est vraiment complète. Même les veilleuses censées signaler les issues de secours sont éteintes. De deux, le couloir est couvert de sang frais. Il y a des éclaboussures sur les murs et de grandes traînées sur le sol, comme si on avait tiré un cadavre. La minuscule loge de Gérard est sens dessus dessous, et là aussi y'a du sang partout.

Il faut sortir et vite ! Sous l'impulsion de Marc, les PJ se dirigent vers l'un des escaliers qui montent au rez-de-chaussée. Contrairement à ce que les joueurs m'avaient indiqué durant le brainstorming, j'annonce que la porte de sécurité est ouverte. Je voyais mal comment expliquer la fermeture des deux portes et puis, j'ai eu durant le brainstorming une petite idée sympa : les PJ montent les marches quatre à quatre et, au lieu de déboucher dans le hall du rez-de-chaussée, arrivent dans un couloir. Juste sur leur gauche, la porte de la salle de projection. D'une manière inexplicable, les deux escaliers communiquent ! Le couloir est devenu une sorte de ruban de Möbius, dont il est impossible de sortir. Évidemment, Séquelles.

Les traînées de sang aboutissent aux toilettes des femmes. J'imagine que le corps désarticulé de Gérard y a été abandonné, sans doute dans une posture aussi gore que spectaculaire, mais je n'en aurai jamais le cœur net : les joueurs ne se risqueront pas à entrer dans la pièce pour le vérifier. Au lieu de ça, Fanny tente d'ouvrir la porte de la salle de TD, là où les rôlistes sont en train de jouer. La poignée est tellement froide que sa main s'y retrouve collée. Elle doit s'arracher la peau pour la lâcher. Aie, une Blessure.

Il ne reste qu'une solution, la porte de l'amphi. Hop, hop, hop, en petites foulées dans le couloir puis dans l'escalier qui descend vers l'estrade du prof. Malheureusement, la petite porte qui se trouve à côté est fermée et bien solide. Fanny a une idée : déclencher l'alarme incendie. Elle remonte vers le couloir, suivie de Marc. Et là, je demande à Matthieu, toujours bien à fond dans la phobie de son perso, de me l'expliquer : alors Vanessa, d'où qu'elle te vient ta peur du noir ?

En se basant sur sa Personnalité excentrique, Matthieu me parle d'un enlèvement par des extraterrestres. Un trip à la Mulder, que je trouve fun mais, comme pour Bloody Mary, décalé. On est en plein mélo, il me faut quelque chose de plus personnel. Pour moi, cette histoire d'abduction est une construction mentale, un mécanisme de défense par lequel Vanessa a occulté une partie douloureuse de son passé. Je lâche ma bombe : des abus sexuels durant l'enfance, dont Louis aurait été le témoin et qui expliqueraient sa Personnalité mélancolique.

Louis justement a trouvé le panneau de contrôle de l'amphi. Il veut essayer de rallumer les lumières pour soulager sa sœur mais rien ne marche. Le rétroprojecteur par contre fonctionne. L'écran descend et s'illumine. C'est un film. Un instant je pense au fameux Bloody Mary de 1962, mais repousse l'idée. Pas assez personnel. Du coup, je sors l'artillerie lourde : l'action se déroule en pleine nuit, dans la chambre d'enfant des jumeaux. Leur père entre et se glisse dans le lit de Vanessa. Il a encore bu, la gamine est terrifiée. Son père la caresse, la contraint à une fellation puis la viole. Louis, qui fait semblant de dormir dans le lit d'à côté, assiste à toute la scène. Le film est super explicite, aucun détail n'est épargné à Vanessa, qui se mange évidemment des Séquelles comme si c'étaient des Smarties. Matthieu enchaîne super bien niveau roleplay. D'un coup, la partie a passé un palier horrifique.

Louis essaie frénétiquement d'éteindre le rétroprojecteur, mais en vain. Tandis que des hurlements retentissent du côté de la salle de TD (hop, jumpscare), il abandonne sa sœur dans l'amphi. Dans sa panique, Vanessa a lâché son portable et, du fait de l'obscurité, ne parvient pas à le retrouver. Elle est limite cataleptique mais a tout de même la présence d'esprit de sortir son briquet de sa poche (Avantage Objet). La porte du bas, qui était fermée tout à l'heure, s'ouvre. Une femme en sort, la meneuse des rôlistes, dont je calque la description sur Unt, sauf qu'au lieu d'avoir des petits dessins sur le corps, elle a des tatouages ésotériques et luminescents. Vanessa se secoue enfin la couenne, fuit l'amphi et rejoint les autres dans la cafétéria, de l'autre côté du couloir.

Fanny et Marc lootent le bar à la recherche d'armes. Marc récupère un couteau de cuisine, Fanny une poêle (dommages fixes). Dans le couloir, on entend un raclement métallique. Tout à l'heure, Fanny cherchait une hache d'incendie. C'est en fait l'un des rôlistes qui, parfaitement nyctalope depuis qu'il est possédé, a mis la main dessus. Marc renverse une table contre la porte pour la bloquer. L'autre attaque le panneau de contreplaqué à grands coups de hache, façon Jack Torrance. En un rien de temps, il l'a enfoncé. Fanny et Marc l'attirent dans la pièce puis fuient. Négligeant Vanessa et Louis, recroquevillés dans un coin, le rôliste, dont je calque la description sur l'un des joueurs, les suit.

Fanny et Marc grimpent l'escalier, débouchent de l'autre côté du couloir et s'engouffrent dans les toilettes des hommes. Le gars à la hache passe devant la porte, traînant son arme sur le sol. « Cochons, cochons, cochons » chantonne-t-il. Dans les WC, le téléphone de Marc sonne. Un SMS, « Ce soir, vous mourrez tous », bientôt suivi d'un second, « Moi aussi, je suis dans les toilettes ». Pendant quelques instants, rien. Puis la porte de l'un des boxes s'ouvre à la volée. En sort la femme aux tatouages qui brillent. Elle lève les mains, des griffes lui poussent au bout des doigts. Elle se rue sur les PJ. Fanny parvient à fuir, mais Marc se jette dans un violent (et sensuel !) corps à corps avec l'antago.

Fanny progresse dans le couloir, hésite à entrer dans la salle de TD, qui exhale toujours un froid glacial. Elle y renonce et court, la poêle à la main, vers la cafétéria. Au premier coin que fait le couloir, elle se prend évidemment un maousse coup de hache. Le bûcheron l'attendait au tournant. Le combat est rapide. Fanny est déjà blessée, son arme n'est pas très efficace, elle meurt vite. Marc par contre s'accroche : il claque toute son adré, réussit quelques bons jets et mène son adversaire à une Blessure de la mort. Lui-même est à Corps 1. Un cercle de chaque côté, plus d'adré pour Marc, je décide de régler leur compte aux deux personnages à coup d'attrition. Ils s'écroulent dans les bras l'un de l'autre. La femme l'embrasse, lui vomit du sang noir dans la bouche. Ils tombent à terre, morts.

Vanessa et Louis tentent de se barricader dans la cafète, mais vu l'état dans laquelle est la porte, sans grand succès. Un bruit, celui d'une matraque qu'on tape contre le mur, les alerte; Quelqu'un a récupéré l'arme de Gérard et s'avance vers la cafétéria. Louis tire Vanessa par le bras, la jette dans l'amphi (cafouillage de ma part, le temps que je pige un peu en quoi consiste exactement la manœuvre) et attire l'antago vers lui, qui à cet instant est joué par Erwan. Louis se replie jusqu'à la salle de TD, désormais ouverte, découvre que l'un des rôlistes est étendu, nu, sur la table et qu'on lui a ouvert le bide sur toute sa longueur.

Louis compte les verres pour vérifier qu'il n'y a pas d'autre antago. J'hésite à m'inclure dans le groupe des rôlistes mais n'en fait finalement rien parce que quatre (le gars à la hache, celui à la matraque, la femme, le sacrifié) c'est déjà pas mal. Avec deux antagos encore opérationnels, dont un à la capacité de dommages limités (j'ai décidé que la matraque faisait des dommages fixes, comme la poêle), Louis a encore une petite chance. Avec trois, non. Encore faut-il qu'il se trouve une arme. À voir l'état du cadavre, Unt en conclut que les rôlistes ont forcément utilisé un couteau. C'est bien vu, donc je valide : planté sur la table près du cadavre, il y a effectivement un Bowie. Louis s'en empare, se cogne contre le gars à la matraque, parvient à le tuer mais meurt dans le même Tour.

Vanessa dévale une nouvelle fois les marches de l'amphi vers la porte du bas, qui cette fois est ouverte. Elle court comme une dératée. Plus question de relancer d'un antago, le combat a déjà duré assez longtemps et puis, Vanessa est sortie du plan donc du setting. À la recherche d'une conclusion qui ait un peu de gueule, je me dis, avec les trois neurones que j'ai encore de vaillants (il est 4 h du mat et je suis sur les rotules), qu'une fin récursive serait appropriée. Ça ferait écho au couloir façon Möbius. Une boucle spatiale dans une boucle temporelle, ce serait plutôt pas mal. Du coup, je mixe Triangle, que j'ai vu il y a peu, et Angel Heart, dont je suis fan depuis toujours.

Si Vanessa court, c'est parce qu'elle est en retard. La séance du cinéclub va bientôt commencer. Elle s'est mise à la bourre parce que, sachant que Fanny assisterait à la projo, elle a pris un temps fou pour se préparer. Elle arrive juste à l'heure, les autres (son frère Louis, Marc et surtout Fanny) sont déjà assis. Sur l'écran, le film a à peine commencé. Il devrait s'agir de Bloody Mary mais ce n'est pas du tout ça. À l'écran, une bande de geeks jouent à un jeu de rôle. Quand la meneuse lève les yeux de derrière son paravent, ils brillent d'un éclat démoniaque.

Générique.



Le bilan

Une bonne partie, relativement courte (2h15) et bien tendue, ce qui n'était pas gagné d'avance. Les joueurs se sont globalement bien mis dans le trip. J'ai eu l'impression que l'immersion était plutôt bonne, quoique assez inégale. Matthieu était à fond les ballons et ça faisait vraiment plaisir à voir. J'adore mener pour ce genre de joueur, hyper réceptif et tout. Pour un meneur d'horreur, c'est du nanan. Parce que je sais que c'est un sujet over sensible, il est hyper rare, même en configuration mélo dark, que je tape dans l'abus sexuel. C'est vraiment l'attitude de Matthieu qui m'y a incité. Et je ne le regrette pas car il a super bien géré l'affaire. Ce fut un grand moment de flippe et de roleplay.

Je crois qu'Erwan a bien pris son pied à basculer d'une Personnalité à l'autre. En tout cas, ce fut très fun de le voir faire. Bipolaire est vraiment intéressant, même si un peu délicat à gérer lors des basculements de phase. Unt était un poil plus en retrait, mais tout, dans sa manière d'orienter le setting vers le second degré, de créer un personnage parodique et d'en faire une sorte d'assisté, indiquait qu'elle ne voulait pas trop s'impliquer. Du coup, elle s'est un peu pris full face la révélation du sombre secret de Vanessa. Mais bon, zis iz horror.

L'autre Mathieu était lui aussi un peu en retrait. Participatif et tout, mais sur un mode plus intellectuel qu'émotionnel, ce qui n'est pas hyper adapté au mélo, ni même à l'horreur en fait. Au début de la partie, il a eu un peu de mal à répondre à mes questions sur la vie sentimentale de son personnage et je n'ai pas été étonné de le voir prendre des notes durant le jeu. Il écrivait le compte rendu de la partie en temps réel, une attitude qui m'a toujours évoqué celle de l'anthropologue qui va sur le terrain avec son micro, son bloc-notes et sa caméra, tous accessoires qui lui permettent de prendre une distance confortable avec son sujet. D'intellectualiser plutôt que de ressentir. Mais bon, si le joueur y trouve son compte et que ça ne l'empêche pas d'être actif durant la partie, moi ça me va bien.

Mon gros regret, c'est la gestion des rôlistes. J'aurais dû en faire si ce n'est des amis du moins des connaissances des PJ. Je me suis dit qu'en les distinguant nettement des PJ, sur le mode geeks versus emos, ça nous aiderait à mieux typer les PJ et ça en ferait par la suite des antagos plus horrifiques, mais c'était une erreur. Si les PJ les avaient mieux connus, j'aurais pu jouer plus efficacement sur la mise en abyme, dont je n'ai pas l'impression qu'elle était très claire. Surtout qu'à un moment, je me suis grave embrouillé dans mes descriptions, confondant deux rôlistes. Y'a pas eu mort d'homme non plus, mais j'aurais pu faire largement mieux.

Fatigue et mécaniques inédites aidant, je me suis également retrouvé un peu beaucoup à la ramasse sur la gestion des Traits. J'ai purement et simplement oublié le Chagrin de Fanny et l'Inoffensif de Louis. Outre qu'il s'agissait de nouveaux Traits et que j'ai loupé une occasion en or de les tester (caramba, raté !), je regrette vachement pour Inoffensif car il aurait sans doute sensiblement impacté le déroulement du combat final. Unt a enchaîné les dommages fixes, pour, dans le tout dernier Tour, claquer un 12/5 à la face de son adversaire (qui dans le même temps finissait de lui détruire le crâne à la matraque). L'effet gore aurait été décuplé si je m'étais souvenu qu'avec Inoffensif, les dommages fixes de Louis ne produisaient aucune Blessure.
« Modifié: mai 19, 2012, 00:08:34 am par Johan Scipion »

Re : Sombre
« Réponse #101 le: mai 18, 2012, 11:51:57 am »
Je suis globalement d'accord avec tout ce qui est dit ci-dessus [à part que non, au fait, on n'avait jamais croisé Erwan avant], et je pense qu'on a tous eu conscience que la partie ne s'est pas déroulée comme tu l'attendais et comme tu l'aurais souhaité.
Affirmons déjà qu'on a tous bien apprécié la partie dans son ensemble. Mais Mathieu et moi sortons de là avec la conviction que ce jeu n'est absolument pas pour nous (sans que ni les qualités du jeu ni ta façon de le jouer ne soient remises en cause). Donc je vais me permettre une ou deux remarques pour t'expliquer au moins mon ressenti (vu qu'il m'a expliqué le sien à 5h du matin et que je ne peux pas promettre avoir tout retenu).

De mon point de vue, le brainstorming est totalement parti en quenouille. Tu estimes que je l'ai guidé : j'ai l'impression d'avoir tenté de le manager, de recentrer mes camarades lorsque les blagues fusaient trop (en m'empêchant d'en sortir une ou deux qui me restent encore en travers de la gorge d'ailleurs), en leur rappelant qu'on avait quelque chose à construire, avec un succès extrêmement mitigé. Les idées ne sont pas particulièrement les miennes : ce sont nos marottes habituelles, aux deux Mat(t)hieu et moi-même, et j'ai estimé que j'avais plus de chances de les recentrer avec ce type de suggestions dont j'étais sure qu'elles leur parleraient (sachant qu'on était plus en mode Merci Mireille Matthieu que partis sur une possession démoniaque).

Ta mise en retrait pendant le brainstorm a de mon point de vue beaucoup trop contrasté avec le speech de début de jeu ensuite. En recadrant plus tôt, le setting aurait été orienté plus vers ton idée de ce qui fait un film d'horreur : je pense que ce n'est pas la nôtre et que nous ne prenons pas ce genre de films au sérieux de façon générale. En recadrant à ce moment là, nous étions coincés avec une idée de ce qui allait se passer qui ne correspondait pas du tout à la tienne et plus moyen de revenir en arrière.

Et ce fait a accentué le côté un peu couloir de la suite. Sur ce point je pense que je me suis trompée sur ce qu'il était possible de faire dans le jeu : avec ce que je joue en ce moment, je prend des habitudes de jeu qui laissent une énorme part de décision aux joueurs, sur la façon dont se déroule l'histoire. En convention, je fais souvent du jeu beaucoup plus "traditionnel" et ça ne me pose aucun problème : mais le fait d'avoir du pouvoir sur le setting m'a renvoyée à mes réflexes habituels. Du coup, le speech "Ici c'est moi le boss" était totalement inattendu. Tant pis, je me secoue et me dis que j'ai toujours un perso à jouer. En fait, je n'en ai pas eu l'impression : le scénar nous est tombé dessus, laissant aux personnages relativement peu de possibilités autres que courir ou attraper la première arme improvisée à portée. J'admet que j'étais complètement en retrait, j'ai un peu passé la partie à me chercher une ligne de conduite. Avec le setting et l'idée de prendre le mélo au sérieux, je m'attendais un truc beaucoup plus "thriller psychologique" avec des moments de calme permettant aux PJ d'interagir et de régler leurs conflits que sur le fait de me faire tomber dessus par Matthieu armé d'une hache. Donc de quoi creuser leurs véritables motivations en jeu plutôt qu'en création (en gros je m'attendais à ce que la créa soit la description des persos tels qu'ils apparaissent et qu'on puisse ensuite aller chercher un peu plus loin dans leur psychologie. Ah et juste au passage, pourquoi "évidemment, il est gay" ? si tu as suivi le brainstorm, ce n'était pas du tout mon idée mais une demande d'Erwan...)

Dans l'ensemble, la partie a été agréable, et comme tu le dis Matthieu ne va pas s'en remettre tout de suite. Cependant, j'aurais tendance à conseiller :
1) De mieux positionner le style de jeu, le sérieux, plus tôt dans le briefing histoire que ça ne tombe pas sur des joueurs déjà partis sur leurs idées. Et pourquoi pas de définir un style de jeu dans le cadre des différents genres horrifiques, à moins que le survival ne soit la seule option que tu envisages pour Sombre, auquel cas je pense que ce n'est pas ressorti dans la présentation (et que par ailleurs je ne l'avais pas vraiment senti à la lecture du kit d'initiation). En particulier, si tu ne saisis pas les délires effectivement un peu persos dans lesquels partent les joueurs (par exemple pourquoi il était évident pour nous que les rolistes faisaient des antagonistes logiques) tu pouvais nous le dire, soit pour qu'on tente une explication soit pour qu'on en change.
2) De positionner les limites et les voiles du jeu dans le brainstorm si le but est ensuite de te lancer dans des descriptions crues d'abus sexuels sur mineurs ou autres joyeusetés de ce type, en particulier quand tu ne connais pas les joueurs en face, et surtout si tu veux casser les limites entre jeu et hors jeu en impliquant les joueurs comme antagonistes.

Voilà, c'était tout simplement mon ressenti et je suis dispo pour en débattre. Et merci pour la partie ^^

Unt'


« Modifié: mai 18, 2012, 12:07:03 pm par Untitled »

Hors ligne Mordreth

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Re : Sombre
« Réponse #102 le: mai 18, 2012, 12:32:52 pm »
Il a l'aire franchement cool ton JDR, je le test cette aprème avec des débutants ^^' (j'espère qu'il n'y aura pas de castagne générale au resto...x) ).
Or et massacre, voilà ce qu'est une belle vie !

Hors ligne Johan Scipion

Re : Re : Sombre
« Réponse #103 le: mai 18, 2012, 14:45:17 pm »
Il a l'aire franchement cool ton JDR

Merci tout plein, ça fait vraiment plaisir à lire.



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je le test cette aprème avec des débutants ^^'

 :thumleft:

Hors ligne Johan Scipion

Re : Sombre
« Réponse #104 le: mai 18, 2012, 15:00:20 pm »
Hello Unt.


Ah, super merci de ton excellent feedback !  :thumleft:

Hop, mon retour sur ton retour.



je pense qu'on a tous eu conscience que la partie ne s'est pas déroulée comme tu l'attendais et comme tu l'aurais souhaité.

Pas du tout. Je suis plutôt très satisfait de la partie. À mon sens, c'est pas loin d'être le meilleur de ce qu'on était capable de produire ce soir là en terme de jeu d'horreur.



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De mon point de vue, le brainstorming est totalement parti en quenouille.


On est bien d'accord.



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j'ai l'impression d'avoir tenté de le manager, de recentrer mes camarades lorsque les blagues fusaient trop

Oui, clairement. Je me souviens d'ailleurs que tu t'en es excusée à plusieurs reprises.



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Ta mise en retrait pendant le brainstorm a de mon point de vue beaucoup trop contrasté avec le speech de début de jeu ensuite.

En toute honnêteté, je pense que si c'était à refaire dans les mêmes conditions, mon attitude ne serait pas très différente. Sur le moment, mon ressenti perso est que vous fonctionniez en groupe fermé. Vous n'étiez pas super aware de ma présence à table, si tu vois ce que je veux dire.

Partant de là, j'avais le choix entre surenchérir pour m'intégrer ou de me mettre en retrait. J'ai choisi le retrait pour deux raisons. D'abord parce que, dans le cadre d'une partie de Sombre, je ne peux pas me permettre de jouer l'over déconne. Un bon mot de temps en temps, oui. Me vautrer dans la blague Carambar, non. À un moment du jeu, je vais incarner l'adversité et en mettre plein la gueule à vos persos. En mode Bozo le clown, ça ne le fait pas.

L'autre aspect, c'était la fatigue : je voulais me ménager pour tenir durant le jeu. Je commence à avoir une bonne expérience des quickshots et je sais que c'est assez exigeant en terme de maîtrise. L'impro, ça crève. Vu comme ça partait, il aurait fallu que je fasse un très gros effort pour recadrer (massivement) le brainstorming et ça aurait trop puisé dans mes ressources. J'ai préféré laisser pisser et me réserver pour le jeu.



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nous ne prenons pas ce genre de films au sérieux de façon générale.

Ouais, j'ai vu ça.  :face:

Perso, je pense que vous faites un contresens sur le genre, dont le spectre couvre tout, du premier au énième degré.

Je veux dire par là que ce n'est pas parce que vous prenez l'ensemble des films d'horreur à la rigolade (ce qui est bien évidemment votre droit le plus strict) que leur fonction à tous est de faire rigoler. Mon avis est qu'un bon paquet d'entre eux cherche très sincèrement à dégoûter et/ou à faire peur. Pour être clair, je pense qu'il y a loin de Hellraiser à Piranah 3D, et donc de Sombre à Brain Soda.

Mais je vous ai expliqué le positionnement de mon jeu dès le début de la séance. J'ai attaqué mon briefing en vous disant que chaque partie était un film d'horreur et que les joueurs y incarnaient les victimes. C'est on ne peut plus clair. Ce d'autant que mes explications techniques subséquentes ne laissaient pas vraiment de place au doute quant à la létalité du système. Un jeu dans lequel on peut (assez facilement) tuer son adversaire d'un coup a de bonnes chances d'être assez dur.



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le scénar nous est tombé dessus, laissant aux personnages relativement peu de possibilités autres que courir ou attraper la première arme improvisée à portée.

Hey, bienvenue dans un film d'horreur !



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Avec le setting et l'idée de prendre le mélo au sérieux, je m'attendais un truc beaucoup plus "thriller psychologique" avec des moments de calme permettant aux PJ d'interagir et de régler leurs conflits que sur le fait de me faire tomber dessus par Matthieu armé d'une hache.

Moi ça m'aurait bien plu (je l'ai fait dans d'autres parties et j'adore) mais vos persos n'étaient pas assez fouillés pour ça. J'ai une assez grande habitude du mélo (surtout dark) en jdr, c'est un genre que j'overkiffe. Le fait est que pour que ça marche, ça demande pas mal de ressources narratives.

Il faut que le groupe de PJ soit construit sur des enjeux forts et des objectifs personnels croisés/opposés, des trucs que les joueurs pourront facilement valoriser par leur roleplay. Or il n'y avait rien de tel dans vos persos. Tu parles de conflits entre les personnages mais en fait, y'en avait pas. Rien de suffisamment fort en tout cas pour être aisément roleplayable. Il n'y a que Vanessa qui avait un vrai gros objectif mélo, brancher Fanny qui ne voulait pas d'elle. Mais ça ne suffit pas à produire une bonne dynamique de groupe.

Vos persos n'étaient pas assez imbriqués (pun intended) les uns dans les autres.  Du coup, l'exposition dans la cafète ne fonctionnait pas. C'était mou, c'était lent et y'a rien qui démarrait parce qu'en fait, vous n'aviez rien de vraiment fort à vous dire et à faire entre vous. Du coup, le jeu commençait à se déployer sur des éléments extérieurs à vos persos (Bloody Mary), ce qui est exactement le contraire de ce qu'il faut faire si on veut jouer mélo.



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creuser leurs véritables motivations en jeu plutôt qu'en création

Ça ne marche pas, ou en tout cas pas assez bien. Il y a une limite, même avec des joueurs qui se connaissent bien comme les deux Mat(t)hieu et toi, à ce qu'on peut bricoler en jeu. Le mélo, ça demande vraiment une imbrication forte des persos, qui ne peut se réaliser qu'en créa (ou avec des prétirés).

Là, même si j'ai poussé un peu avec ma séance de questions, c'était déjà trop tard. Il aurait fallu le faire avant, durant le brainstorming. Sauf que celui-ci, doux euphémisme, ne s'y prêtait pas trop bien. Le jeu permet d'enrichir, parfois de manière spectaculaire, la base mélo, mais elle doit être posée avant la partie pour être vraiment fonctionnelle.

Du coup, je suis passé assez vite (quoique pas trop quand même, la scène du film était encore pur mélo) en mode survival, avé la hache d'incendie qui va bien. C'est ma position de repli quand j'ai le sentiment que la mayonnaise ne monte pas trop bien côté joueurs.

Pour être tout à fait complet, l'heure tardive du créneau de jeu y est aussi un peu beaucoup pour quelque chose. Très honnêtement, je ne me voyais pas pousser au delà de 4 heures du mat. Ça aurait été déraisonnable. Dans ces conditions, avec à peine 2h10 de jeu devant nous, il fallait vraiment que la partie parte vite et fort. De mon point de vue, ce n'était pas le cas. Du coup, j'ai pris des mesures.



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Ah et juste au passage, pourquoi "évidemment, il est gay" ? si tu as suivi le brainstorm, ce n'était pas du tout mon idée mais une demande d'Erwan...

Parce que ton Louis m'est immédiatement apparu comme une déclinaison teen/emo du perso de Rice, qui est gay de chez homo. Super logique qu'Erwan ait renchérit dans cette direction. La référence était ultra évidente.



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De mieux positionner le style de jeu, le sérieux

Sur ce point, j'ai vraiment fait mon possible, mais vous n'étiez pas réceptifs. Je ne sais pas si tu te rends bien compte, mais l'explication des règles, avant même le brainstorming, fut déjà plutôt sportive. Ça va bien parce que j'ai de la bouteille et que c'était mon troisième briefing technique de la journée, mais quand même. Vous étiez déjà hyper dissipés.

Mais bon, je sais d'expérience que quand on est en mode gros délire, on ne se rend pas bien compte de l'impact que ça peut avoir autour. Exactement comme lorsque tu bois ou que tu fumes du chichon en petit comité. Ça produit une dynamique qui isole le groupe du reste du monde. Sauf que là, le reste du monde, c'était le meujeu.

Par ailleurs, le sérieux n'est pas exactement le point. En général, on se marre pas mal dans mes parties. Il y a bien sûr un prérequis minimum de sérieux parce que, tout de même, c'est de l'horreur, mais on ne peut pas jouer au jdr comme dans un monastère zen. Ce d'autant que la distanciation par le rire est un mécanisme de base de la réception de la fiction horrifique.

Ce qui est important surtout, c'est la sincérité, particulièrement si on part sur du mélo dark. On ne peut pas faire monter la mayonnaise horrifique sur une base mélo si on n'est pas en totale empathie avec les personnages.



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En particulier, si tu ne saisis pas les délires effectivement un peu persos dans lesquels partent les joueurs (par exemple pourquoi il était évident pour nous que les rolistes faisaient des antagonistes logiques) tu pouvais nous le dire, soit pour qu'on tente une explication soit pour qu'on en change.

Mais je vous l'ai dit ! Et vous m'avez trouvé une explication : ils étaient possédés. Pour le coup, j'ai trouvé que c'était très fonctionnel.

Ce qu'il faut que tu comprennes, c'est que pour maintenir la pression horrifique jusqu'à la fin de la partie, j'ai besoin d'antagonistes à grosse motivation. Une fois que tout le monde est armé (et vous aviez créé le bar de la cafète dans le but express d'y trouver des armes improvisées, la réserve de matos est un classique des quickshots), les antagos s'en mangent souvent quasi autant dans la tronche que les protagos.

Or un rôliste lambda, au premier coup de couteau à viande, il court à l'hosto se faire soigner. Pour qu'il reste dans la partie, pour qu'il puisse assumer jusqu'à la fin et avec un minimum de crédibilité son rôle d'antago, il faut qu'il ait une vraie bonne grosse raison de continuer à vouloir démonter la tronche des PJ. Même quand il a pris six Blessures et qu'il pisse le sang de partout. La possession, c'est une bonne raison. De ce côté, c'était nickel.



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De positionner les limites et les voiles du jeu dans le brainstorm si le but est ensuite de te lancer dans des descriptions crues d'abus sexuels sur mineurs ou autres joyeusetés de ce type

Comprends pas « les voiles ».

Et bien sûr que non, le but n'était pas de me lancer dans des descriptions crues d'abus sexuels sur mineurs. Je sais qu'il va forcément y avoir des scènes plus ou moins hardcore dans la partie (c'est du jeu d'horreur, hein) mais je n'avais absolument aucune idée de ce dont il allait s'agir. C'était de l'impro pure.



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surtout si tu veux casser les limites entre jeu et hors jeu en impliquant les joueurs comme antagonistes.

Ça par contre, ça vient directement de toi. Tu as dit que tu aimais la mise en abyme, je t'en ai donné. I aim to please.  8)


« Modifié: mai 18, 2012, 15:05:34 pm par Johan Scipion »